Le LUNDISPENSABLE d'Un je-ne-sais-quoi!

Le LUNDISPENSABLE

Le LUNDISPENSABLE d'Un je-ne-sais-quoi!

WU-TANG CLAN / Enter the Wu-tang (36 chambers) / 1993

Mais qui sont ces figures fantomatiques qui apparaissent sur la sombre pochette de ce disque sorti à New York en 1993 ? Visages cagoulés de blanc, hoodies brodés à l’effigie du Clan, et ce W stylisé en guise de logo, faisant penser tour à tour à un étendard guerrier asiatique, une hache ou un aigle et qui par sa répétition s’imprime déjà dans nos rétines… Avant la première écoute, l’œil est fasciné. Comme un enfant devant affronter l’obscurité, nous voici aussi excités qu’apeurés.

Dès l’introduction de Bring da Ruckus qui provient du film de 1981 Shaolin & Wu Tang, nous sommes prévenus : Le Wu-Tang peut être dangereux et il veut en découdre. Composé de 9 membres issus principalement des quartiers de Brooklyn et de Staten Island, ce groupe se démarque d’emblée par une vitalité étonnante. Profusion de Emcees, de mots, d’influences et de samples, cela fourmille de toute part ou plutôt ça bourdonne comme nous le comprendrons quelques mois plus tard en voyant la multitude des guerriers Killa Beez, les projets solos et tous les groupes qui composent l’essaim.

Mais avant la multitude, il est pour l’heure question d’unité. Après quelques échecs phonographiques et d’importants ennuis avec la justice, un cousinage, comme on aimerait en voir plus souvent, décide d’appliquer un adage bien connu : « le nombre fait la force ». Ce trio, composé de RZA, GZA & ODB, s’associent donc à 6 autres rappeurs : Raekwon, Ghostface Killah, Inspecta Deck, Masta Killa, U God & Method Man. Le projet est simple : faire du blé et se sortir de la merde des quartiers pauvres de New-York, où la « meth » fait autant de dégâts que les fusillades entre gangs.

Sous l’impulsion et la vision de RZA, à la fois manager, compositeur et réalisateur du groupe, cette équipée sauvage d’un autre genre enregistre en quelques mois au studio FireHouse un disque froid comme le blizzard et sombre comme une ruelle du Manhattan de John Carpenter. Loin des frasques du Gangsta Rap et du son californien naissant, les instrumentales du premier album du Wu-Tang nous plongent dans une atmosphère inquiétante, chargée de références à la mystique Shaolin, et à la noirceur des comic-books d’un nouvel âge. La modestie du matériel utilisé comme cette manière chaotique, de prime abord, d’agencer les rythmiques hoquetantes, les extraits de films et les samples de Soul, semble ramener le rap à sa première nécessité : faire affleurer la réalité sociale, aussi crue soit-elle, à l’écume des lèvres et la gueuler de toutes ses tripes pour que le monde entier l’entende. Et c’est une meute affamée qui répond à l’appel de son chef. Chaque membre avec son style, sa voix, ses armes ; esprit éclairé tel un maître des échecs, flow précis et tranchant comme un sabre, fougue incontrôlée et téméraire de l’animal blessé défendant son territoire.

20 ans après sa sortie des bas-fonds de Gotham, cette somme d’individualités, unies sous le même étendard et dévouées à leur cause, est entrée dans l’Histoire. Un disque unique, devenu intemporel qui nous rappelle à chaque écoute, comme dans l’extrait qui suit, la violence du monde des hommes, et la fureur de vivre nécessaire pour qui veut en réchapper. « Watch ya step kid. Ya best protect ya neck. »

 

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